Noiraud, aka donc Petit Toon's, le trotteur mal foutu qui avait disparu du devant de la scène depuis 2 mois. Oh ne croyez pas qu'il ait glandé ces 2 mois passés! Il a été travaillé par T assidûment, il s'est tant et si bien remonté du devant et compacté qu'on dirait qu'il a perdu 3 vertèbres et gagné 3 cm de garrot (sauf quand on le voit glander au paddock où il ressemble vraiment à ... ben, rien).

dahut

Ca m'a fait bien plaisir de retrouver mon copain des débuts, le dahut pas méchant mais un peu bête et parfois carrément gland (bon, c'est un trotteur quoi!). M'enfin, aujourd'hui il était dans de bonnes dispositions. T fait la détente, comme d'hab, pendant laquelle j'apprécie les progrès du gazier. Vient mon tour. Ses 15 cm de plus que Jaïr font tout drôle à mon absence de souplesse, mais bon, on s'y refait bien! Je marche et trotte quelques tours, pour me remettre en place - j'aime quand même mieux son trot un peu lent et plus décomposé que le *pingpingpingpingping* de Jaïr! Il me teste bien un peu, à éviter les coins, chercher à ne pas marcher sur la piste, mais bon... Ca rentre vite dans l'ordre. Je retrouve assez facilement ma place dessus, me positionne vite dans le bon sens, pas trop devant, avec les jambes à leur place ; aujourd'hui ce sont mes mains qui m'ont embêtée, j'ai un peu trop bidouillé avec.

On en vient très vite à l'objet de la séance : le perfectionnement de mes EED, HED, avec l'introduction du renvers - dans le langage T, pivot sur les antérieurs pour faire passer le coin au cul du cheval avec une avant-main qui reste sur place ou presque. Très pratique pour passer de la hanche en dedans à l'épaule en dedans, donc. On reprend sommairement les hanches en dedans, que Toon adore et que j'aime bien aussi parce que c'est facile de suivre la lisse, puis une ou deux épaules en dedans pour remettre au point les boutons et sensations. Vient ensuite l'exercice du jour : HED sur la longueur, passage du coin en renvers, EED sur la largeur, changement des aides dans le coin en profitant de l'angle de l'EED pour repartir directement en HED... et ainsi de suite, ad lib.
La grande difficulté de cet enchaînement qu'on avait déjà abordé plus tôt dans mon éducation et que j'avais lamentablement mal fait évidemment, c'est de jongler habilement avec son poids du corps, de pas laisser l'angle prendre le pas sur l'impulsion et le mouvement en avant, de pas se gourer de rêne régulatrice (l'extérieure par rapport au mouvement, pas par rapport à la piste, donc la rêne extérieure de la hanche en dedans c'est la rêne intérieure par rapport à la piste, vous suivez?) Il faut donc doser tous ces paramètres et essayer d'enchaîner tous les mouvements avec fluidité, sans rupture de rythme. Forcément quand c'est T qui le fait ça a l'air "fingers in the nose", mais bien évidemment c'est pas le cas. Néanmoins, je sais pas si c'est mon état un peu second dû à une nuit blanche pas piquée des vers, mais je ne m'énerve pas, reste maîtresse de mon corps et de mon esprit, commence à sentir une conscience plus développée qui inclut le cheval et la notion de l'espace occupé. Si T dessine, moi je gribouille, mais je commence à sentir ce que ça veut dire quand il dit "vous êtes la main, le cheval le stylo, la carrière la feuille de papier ; et vous faites avec votre cheval, vous ne lui faites pas faire, vous dessinez". Bref, plus les passages s'enchaînent et mieux les mouvements s'enchaînent, le cheval reste calme, les contrôles sont plus précis et moins invasifs, même si je suis toujours à la bourre quand il s'agit de rendre, je gère mieux l'angle et l'impulsion. Certes il reste des imprécision, c'est pire que loin d'être parfait, maaiiiis... quelque chose commence à s'ébaucher, et ce quelque chose me fait super plaisir. On en vient à une dimension supérieure de l'équitation, quand on commence à faire corps avec sa monture et où presque par la pensée on fait quelque chose ensemble. J'ai ressenti ça à un ou deux moments très fugaces, mais ô combien précieux!

Merci, Maître.