duchesse_harpe L'image, c'est parce que je joue de la harpe. Enfin je jouais, pendant longtemps. Et pendant longtemps, j'en ai bouffé, de la gamme, des études, des trucs pour automatiser les positions, les gestes, les intervalles... Bref, du travail technique pour rendre l'exécution des morceaux plus aisée par la suite. Donc bref, autant vous dire que les gammes, ça me connaît. Au conservatoire, ça me gavait royalement. J'étais jeune, j'étais bête, je me suis rebellée parce que je voulais pas les faire, tout ce que je voulais c'était jouer des morceaux, la technique c'était pas mon trip... Et rétrospectivement, je regrette! Enfin non parce que du coup ma prof a déployé des trésors d'imagination pour me faire bosser autrement et du coup c'était génial ; mais je me rends compte de l'idée à côté de laquelle je suis passée sans comprendre. La technique, la mécanisation, la répétition... c'est nécessaire à l'intégration des choses, quand on veut les "réflexifier".

A cheval, c'est primordial. Et je m'en rends compte maintenant, à mon âge avancé qui frise le quart de siècle. Enfin, mieux vaut tard que jamais. Parce que finalement, comme dit T, un cavalier c'est comme un cheval quand on le dresse : on demande souvent, on se contente de peu, on récompense beaucoup - en se focalisant sur les points positifs, il n'y a pas de points négatifs, seulement des points à améliorer. Je citerai pour résumer mon prof d'histoire de terminale : "la pédagogie, c'est l'art de la répétition". Hell yeah! Bref, ce fut donc l'objet de la séance d'hier : la répétition, les gammes, le travail sur la fluidité et les enchaînements. C'est ce bon vieux Toon qui a été l'instrument de pratique, puisque la fluidité que l'on recherche en ce moment, c'est celle de mes déplacements latéraux.

On a d'abord commencé par la détente, un classique désormais ; étirer le cheval dans la longitudinale, le laisser venir chercher la main de lui-même, marcher d'un bon pas pour dérouiller ses articulations après une nuit au box. Puis quand le cheval est suffisamment en route, on détend latéralement, par des flexions d'encolure - à ce sujet, j'ai récupéré le film promis le 22 septembre à ce sujet, je dois le bidouiller un peu pour couper les longueurs et les ratés de ma camerawoman (hein Lolo ;-)) puis je vous le poste. Après le pas, on fait ça au trot. But du trot : trouver une cadence assez lente et bien marquée, pour que ce briscard de Toon évite de prendre la tangente en se barrant les postérieurs en vrac et le nez au vent (trotteur forever). Le Noiraud est d'ailleurs d'humeur adolescente, à tout remettre en question - c'est toujours comme ça quand il passe une semaine sans trop bosser, il écoute que Pôpa, alors la gamine sur son dos... Ben la gamine sur son dos, elle a tenu tête, j'ai réussi à gérer ses facéties et à le concentrer petit à petit.

On est ensuite passé au travail de reculer, initié la dernière fois. Cette fois-ci, on a introduit la transition reculer/trot, après avoir révisé le reculer/pas. Le reculer est demandé par le maintien des aides de l'arrêt, avec le bassin qui bloque le mouvement en avant et le dos qui tient fort. Les mains ne servent qu'à éviter l'ouverture excessive de l'angle tête/encolure. Les jambes viennent au contact mais sans reculer et entretiennent le mouvement. Pour éviter le dérapage des hanches, on tourne les épaules ; par exemple, si le cheval rentre les hanches, on tourne le buste vers le centre de la carrière. T utilise l'image du reculer avec un van attelé, on braque dans le sens contraire de là où on veut diriger la remorque. Pour la transition arrière /avant, on relâche le bassin (on desserre les fesses) mais sans lâcher le dos pour éviter que le cheval se vomisse devant. On avance les mains juste ce qu'il faut. Pour le trot suffit d'appuyer un peu la demande avec une pression de jambes. Au départ au trot, j'ai ressenti un truc inédit jusqu'alors : une esquisse de légèreté. Un cheval tendu, qui se porte sans peser, avec le moteur derrière qui fonctionne, une sorte de jaillissement dans l'allure... éphémère mais réjouissant. C'est à ce moment-là qu'on se rend compte que tout ce qu'on a pu prendre pour de la légèreté, c'en était pas, il manquait quelque chose. Bon évidemment, ça n'a duré que 3 foulées parce que Toon comme moi, on n'a pas le niveau pour garder ça. Mais c'était BIEN. (la transition reculer/trot est utilisée par Philippe Karl - par T aussi - pour initier le mouvement de diagonalisation qui débouchera après raffinage sur du piaffer)

Enfin, on est repassé aux gammes HED / EED / HED / EED... ad lib. Je commence à comprendre comment gérer les angles, à la force du dos, à savoir jouer entre les différentes positions de bassin, d'épaules, de poids du corps, de jambes en fonction du mouvement voulu... et à essayer de bidouiller de moins en moins avec les mains. Bon c'est pas toujours ça, j'ai eu un ou deux ratés notamment sur le renvers (transition entre HED et EED) où je bloque beaucoup trop le mouvement en avant, en essayant trop de faire une pirouette renversée alors que c'est pas l'exercice (de figer les épaules en faisant complètement tourner les hanches autour) ; il s'agit juste de se servir du coin pour inverser les hanches et les épaules. La transition EED / HED est beaucoup plus simple puisque le cheval est grâce au coin mis dans la bonne position, il suffit d'inverser le poids du corps et de pivoter le buste dans l'autre sens. Bref, à force de répéter ce mouvement, d'essayer de le dessiner au lieu de le faire faire, je commence à ressentir ce qu'il faut ressentir - je crois. C'est pas encore super précis, mais petit à petit, on affine... La pédagogie, tout ça tout ça quoi!

Pas de vidéo pour cette fois : samedi dernier il faisait grand beau et 22°, hier pluie, brouillard sur toutes les montagnes alentours, neige à 1000m... et 7° au plus chaud du jour. Cherchez pas, l'hiver est presque là!