Cette fois-ci, c'est à Heather Moffet, une anglaise cavalière de dressage, fondatrice du mouvement "Enlightened Equitation" outre-Manche, qui prône l'équitation de légèreté et conceptrice de selles, que je laisse la parole. Cet article, que j'ai traduit il y a déjà plusieurs mois, est le compte-rendu de séances de tests qu'elle a menées sur plusieurs selles/chevaux/cavaliers. Il a été publié dans une revue anglaise, ETN news je crois. J'avais trouvé cet article sur quelques forums, on peut le lire par exemple ici ; je l'ai intitulé "tout le mal qu'on fait aux chevaux, par ignorance".

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En tant qu'entraîneur de dressage classique, je me suis tout particulièrement intéressée à la façon dont le cavalier s'assoit et interagit avec le mouvement du cheval, agissant ainsi sur les points de pression et donc l'efficacité de la selle. J'ai mené des expériences avec un grand nombre de cavaliers et de chevaux différents, de niveaux variés, et mes conclusions ont rejoint mes intuitions. Je peux savoir comment le cavalier s'assoit et comment, notamment, il absorbe le mouvement du cheval, grâce aux déplacements des points de pression sur l'écran de l'ordinateur, sans même regarder les légendes.

J'ai toujours enseigné au cavalier à s'asseoir profondément mais légèrement, en synchronisant ses mouvements avec ceux du cheval, ce qui produit une assiette classique calme et élégante, idéalement placée pour donner des aides discrètes et efficaces.

Les relevés des pressions tant pour les selles avec arçons adaptées et les selles sans arçon sont similaires, quand le cavalier absorbe le mouvement de cette manière (ie de la manière dont je lui ai appris), avec un cavalier très léger dans sa selle (une pression légère apparaît à l'écran comme bleu foncée, bleu claire quand elle est plus marquée) et des relevés de pression très homogènes. Quand le cavalier commence à agir avec l'assiette (ce qu'on voit souvent sur les rectangles de dressage - et qui est la cause des bas de jambes "battant" et des têtes "hochant" que l'on voit aussi souvent), les relevés de pression changent radicalement, avec l'apparition de points rouges (pressions fortes) qui vont de l'arrière vers l'avant, tant au trot assis qu'au galop. Au trot enlevé, quand le cavalier est derrière le mouvement (plus flagrant avec des selles à arçons où les couteaux d'étrivières sont trop en avant) la pression à l'endroit du troussequin est énorme et le mouvement en avant complètement bloqué. Ceci est aussi évident quand le cavalier essaie de rester droit dans son trot enlevé, en envoyant le pelvis en avant à chaque fois qu'il se lève, pour coller au mouvement. Toute asymétrie du cavalier apparaît aussi avec des points rouges très marqués sur le dos du cheval.

Les selles avec arçon aux couteaux d'étrivières déportés pour qu'ils ne gênent pas la jambe du cavalier montrent des pressions beaucoup plus fortes au niveau des couteaux que toutes les selles sans arçon que nous avons essayées, celles-ci se tirant très favorablement des tests que nous avons effectués tant qu'elles étaient utilisées avec les pads et accessoires recommandés.

Malheureusement, les relevés des pressions en mouvement du système Pliance ne peuvent pas être stockés plus d'un mois, durée de vie de la licence du logiciel - seuls restent les relevés statiques. L'équipement a planté à la fin de la 2e semaine de test, et nous avons dû le renvoyer en Allemagne pour être réparé - ce qui ne nous a pas aidés dans notre programme non plus. Cependant, j'adorerais avoir les moyens de m'acheter pareil équipement, je pense qu'il est inestimable de pouvoir prouver un cavalier à quel point sa mauvaise équitation affecte les performances de sa selle et de son cheval.

J'ai été sollicitée pour prendre part à une journée d'analyses des allures pour une thèse d'un étudiant. Nous avons travaillé avec 12 chevaux de compétition, appartenant à des étudiants de l'université, les testant dans un premier temps avec leurs propres selles, toutes ajustées par des professionnels, avec le même cavalier allemand de dressage pour chaque cheval. Puis nous avons testé chaque cheval avec une de mes selles Fhoenix. Pour chaque cheval, la foulée n'a pas changé, mais ce qui a changé, c'était la forme générale du cheval, sa portance, et l'expression générale des allures qui est devenue vraiment meilleure.

Sur les 12 selles de ce test, seule une était vraiment équilibrée. J'ai recensé 2 arçons tordus, un couteau d'étrivière plus bas que l'autre, des contre-sanglons plus reculés d'un côté que de l'autre, et plusieurs autres avec des panneaux mal fichus ou des sièges plus tendus d'un côté que de l'autre. Les étudiants ont été très étonnés quand je leur ai montré les défauts, qu'ils auraient pourtant pu voir clairement d'eux-mêmes s'ils en avaient eu conscience. 2 des selles n'avaient pourtant que 15 jours à peine. Et pourtant, cela n'est pas extraordinaire. Je remarque fréquemment que la raison pour laquelle un cavalier ne peut pas s'asseoir droit dans sa selle est due à l'un ou l'autre des défauts sus-mentionnés.

En conclusion temporaire, je dirais seulement : soyez très attentif à ce que vous mettez sur le dos de vos chevaux, pensez à travailler avec des ostéos, à faire tester les selles par des professionnels équipés d'appareils de mesure quand vous achetez à un cheval sa propre selle. Et surtout, réfléchissez.
                      


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L'article me semble assez clair et parlant pour que j'ai besoin de le commenter outre mesure. La seule chose que je peux relever, c'est que ce que j'apprends avec T, à savoir le bon fonctionnement de l'assiette et la belle position, est un complément efficace au saddle fitting. Une selle est un outil, ni plus ni moins. Elle permet de donner une assise stable au cavalier, de l'aider ; et permet de distribuer les pressions sur le dos du cheval - en théorie. Mais si la selle ne permet pas de bien monter, comment bien monter? Ha! Grande question. Bien monter, c'est bien. Mais il faut avoir les outils adaptés, sinon on perd tout le bénéfice d'une belle équitation!

Cet article me donne aussi l'occasion de faire un point sur les outils que l'on utilise pour tester l'adéquation d'une selle au dos d'un cheval. Il en existe de 2 sortes : les électroniques et les pas électroniques.

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En pas électronique, on a le Port Lewis Impression Pad, et je laisse à MS Sellerie le soin d'expliquer comment ça marche ici. On peut en faire sa version personnelle et artisanale, comme le fait Ptibou du forum Equin'Ethique, jamais à court de bonnes idées.

En électronique, le plus connu c'est le Pliance system. C'est celui qu'a utilisé Heather pour faire les tests qu'elle raconte plus haut, et qu'utilise je crois Simone Ravenel de la société suisse Equimetric et qui est une vraie mine d'informations sur le sujet du saddle fitting, en plus d'être adorable et de répondre patiemment à toutes mes questions, parfois relou. Elle raconte très bien sur son site comment se passe la séance de tests et comment fonctionne le matériel. Ses explications étant claires et bien illustrées, je vous incite grandement à visiter son site en entier.

Il y a d'autres marques, d'autres types de tapis de tests, mais le but n'est pas d'en faire un catalogue, juste d'informer que ça existe.

Mais avant d'en venir à tester l'adéquation des selles avec ces bidules, il faut d'abord connaître les principes de base de l'habillage du cheval. Ca sera l'objet de mon prochain article, avec pour commencer un topo sur la morphologie du dos.

To be continued...