Bon. Il va donc de soi que pour bien seller, il faut bien connaître le cheval qu'il y a en-dessous, et être capable de voir comment il est fait. Car il en va des chevaux comme des humains, Kate Moss et Beth Ditto ont beau être des femmes toutes les 2, autant dire qu'elles ont pas spécialement la même morphologie...

Donc! Sous la selle, en gros, on va avoir des os et des muscles. Plus quelques tendons, nerfs, tout ça quoi. Ce qui compose le mammifère vivant, pour faire simple.

squelette2


Voilà un beau squelette bien colorié où on voit bien comment se compose le dos à l'endroit où repose la selle. D'un point de vue osseux, sont donc concernés par la selle l'omoplate (ou scapula), qui avance et recule en fonction du mouvement du cheval et que la selle doit donc laisser passer convenablement ; la colonne vertébrale, et plus spécifiquement les apophyses des vertèbres dorsales qui affleurent à la surface ; et la cage thoracique, plus ou moins large.

Un principe de base à retenir : la colonne vertébrale doit être absolument dégagée de tout contact. Inconditionnellement. Les apophyses sont extrêmement sensibles d'une part, et sont mises en mouvement par la locomotion du cheval. Les coincer, c'est empêcher le cheval de se déplacer librement (et lui faire mal). C'est pourquoi on bannit les amortisseurs qui n'ont pas de gouttière (qu'ils soient en mousse, gel, mouton, peu importe, pas de gouttière = poubelle), c'est pourquoi on privilégie les tapis à découpe anatomique, tapis qu'eux-mêmes on rentre à fond dans la gouttière de la selle, gouttière qui doit elle-même être suffisamment large et profonde. Souvent, on parle de 4 doigts de large et 2 phalanges de profondeur minimum. C'est donc aussi pour ça qu'on bannit les selles sans arçon qui ne sont pas équipées d'une gouttière.

Sachant ça, je vous recommande maintenant le visionnage de la vidéo ci-dessous, où la vétérinaire américaine Joanna Robson montre précisément comment déterminer la zone à seller.



Petit lexique pour ceux qui ne comprendraient pas bien l'anglais :
saddle = selle
whither = garrot
shoulder blade = omoplate (shoulder = épaule)
left-shouldered = épaule gauche plus forte que la droite
range motion = latitude de mouvement
pinch = pincer
spine = colonne vertébrale
pain = douleur
back = dos
collect = rassembler
ribs = les côtes
channel width = la largeur de la gouttière

Et petite traduction à l'arrache et pas très littérale :

Part 1. Anatomie
Quand on veut seller son cheval, on doit considérer son anatomie.
Environ 80% des chevaux sont gauchers (donc asymétriques). Le côté où tombe la crinière est souvent une bonne indication. Si elle tombe à gauche, le cheval est gaucher - et a donc une épaule gauche plus développée. Un autre façon de le vérifier c'est de regarder le cheval de dos en plongée pour constater cette asymétrie. Les selles, elles, sont symétriques. Le muscle le plus développé va donc pousser la selle de l'autre côté, ce qui peut provoquer des douleurs pour le cheval comme pour le cavalier. [une chose à signaler ici : je traduirai un article de ma Saddle Fitter préférée sur ce sujet, pour les chevaux fortement asymétriques - comment bien les seller]
La latitude de mouvement de l'épaule se voit en comparant la place de l'épaule à l'arrêt et en mouvement. On note la place du haut de l'épaule à l'arrêt et avec l'antérieur en extension, et on regarde la différence pour voir de quelle latitude de mouvement dispose le cheval. Sydney (le cheval sur la vidéo) a une latitude d'environ 4 à 5 doigts de large - un travers de main, donc. Une selle mal adaptée va restreindre le mouvement en bloquant l'arrière de l'épaule. Si la selle est trop étroite, le cheval va avoir des petites foulées étriquées et être pincé - donc il va devenir moins réactif.
Dans le triangle à l'arrière de l'épaule passe un nerf, le nerf "cranial nerve 11". Une pression sur ce nerf engendre une réaction  réflexe, le cheval devient agité, creuse le dos, se tortille, couche les oreilles. C'est là où l'étalon mord la jument pour la saillir, parce que pincer ce nerf engendre l'arrêt, le creusement du dos et la station campée. Alors quand on demande à nos chevaux de se rassembler ou d'engager, de s'étendre vers l'avant alors qu'eux-mêmes ont ce fameux nerf douloureux, comment peuvent-ils se rassembler ou engager?

Part 2. Comment déterminer la surface portante de la selle?
A l'avant, la selle doit respecter la latitude de mouvement qu'on a notée plus tôt. Elle va reposer sur le dessus de la cage thoracique et ne doit pas dépasser la dernière côte, qu'on peut trouver à la palpation ou en regardant l'implatantion des poils (la ligne où les poils vont dans un sens et passée cette ligne partent dans un autre sens détermine grosso modo la dernière côte).
La gouttière doit être suffisamment large pour épargner les apophyses, donc, mais aussi les ligaments paro-spiniaux (? pas sûre d'avoir bien compris - les ligaments qui vont autour de la colonne quoi). On les détecte comme elle montre sur la vidéo, avec des pressions de doigts légères de part et d'autre de la colonne, qui font se contracter les muscles en surface. D'après les tests, Sydney a donc besoin d'une gouttière large d'un travers de main (4 à 5 doigts) pour épargner ces ligaments.

Donc, si je résume, on doit prendre en compte pour déterminer la surface portante de la selle :
1. l'inflexion naturelle du cheval, souvent à gauche
2. la latitude de mouvement de l'épaule
3. dégager suffisamment la zone triangulaire sous le garrot et en arrière de l'épaule pour épargner le nerf cranial 11
4. ne pas dépasser la dernière côte
5. avoir une gouttière suffisamment large pour épargner les apophyses et les ligaments paro-spiniaux.

Le prochain article nous indiquera comment prendre correctement les mesures sur le dos du cheval.

© The Bay Area Equestrian Network pour la vidéo. Chaîne Padmavideo sur Youtube, très intéressante si ça vous branche d'aller voir.