Bon, en ce moment rien ne se passe de particulier niveau canasson... L'autre jour j'ai essayé une selle Forestier TREC, très sympa. J'étais plutôt prête à l'acheter, mais les circonstances font que non, en fait.

Donc je vous propose ce soir une vidéo de travail en main / en longe, par Marijke de Jong, une élève de Bent Branderup (un écuyer classique danois je crois bien? ça peut valoir le coup d'aller voir ce qu'il fait - c'est le monsieur sur la photo, avec son cheval borgne et des moustaches marrantes).

huginpassage

Dans la vidéo, Marijke reprend un étalon PRE de 16 ans, Alconchel, tellement asymétrique qu'il en devenait dangereux à monter puisqu'il perd tout équilibre avec un cavalier sur le dos. Elle le reprend en main, en le travaillant dans l'incurvation sur une attitude très basse, au pas, pour l'assouplir et l'obliger à venir engager le postérieur intérieur pour soutenir sa masse, tout en reportant son poids sur l'épaule externe. Je vous laisse découvrir et apprécier (et demander, si jamais vous ne comprenez pas tout - oui c'est en anglais, sorry).

Voilà le lien.

Edit, quelques jours plus tard : Je suis vraiment une fille trop sympa. Voilà en substance la traduction des propos tenus par Marijke.

 

Aconchel était presque impossible à monter, il paniquait et fuyait en avant dès qu'il avait un cavalier sur le dos.

C'est un pur gaucher, avec des muscles très courts et forts du côté gauche, et des muscles très étirés, plus faibles du côté droit. A cause de sa tête et de son encolure très lourdes, il est complètement sur les épaules. Tant qu'il n'y a pas de cavalier sur son dos, ça va ; mais avec le poids supplémentaire, c'est la catastrophe. Il perd complètement son équilibre, et le seul moyen de le rattraper c'est en accélérant. Du coup il porte la tête très haut pour essayer de garder son équilibre, mais ça lui fait contracter et creuser le dos, qui devient alors très raide. Ces chevaux qui portent haut sont toujours prêts à fuir : la tension du dos reflète la tension mentale. Il était donc très compliqué à monter, surtout à main droite, toujours nerveux, toujours au trot à fuir. Marcher était presque impossible.

Straightness training = entraînement à la rectitude.

L'asymétrie naturelle est un problème musculaire, qui peut être amélioré grâce à la recherche de la rectitude. Les 3 clés de la rectitude sont :
- l'incurvation latérale, qui permet au cheval de
- détendre ses muscles du dos en étirant son encolure et son dos et de
- solliciter l'engagement du postérieur interne
Ce qu'elle résume par LFS (Lateral bending - incurvation latérale- Forward down - vers l'avant et vers le bas - Stepping under - dans l'engagement). Tout son travail - en main, en longe, en selle - est basé sur ce principe de LFS.

Travail en main

Jour 1 : je travaille Alconchel en main, de son côté difficile - à droite. Il ne comprend pas très bien ce que je veux. Donc il se met à fuir, sous le coup de la tension physique et mentale. A gauche c'est un peu mieux, il garde son équilibre et reste au pas, tout en commençant à se détendre.
4e jour : ça va beaucoup mieux. Il présente une attitude "LFS" très correcte sur le cercle à main gauche. Il s'incurve, il a le dos détendu, il engage. A droite, c'est bien aussi, il tourne au lieu de tomber sur son épaule intérieure.

A la longe :

Jour 4 : Alconchel est prêt à être longé, donc je mets de la distance entre lui et moi, pour qu'il puisse s'habituer à garder l'attitude LFS sur un plus grand cercle. Il retrouve sa tendance à tomber sur l'épaule interne, perd l'équilibre et commence à courir ou rétrécit le cercle pour retrouver l'équilibre. Mais il doit apprendre à garder l'équilibre sur un plus grand cercle.
Jour 7 : il est beaucoup plus à l'aise physiquement et mentalement, il a arrêté de courir. Il peut commencer à travailler au trot dans une attitude LFS à main gauche, et même à droite finalement.

En selle :

Jour 9 : il est temps de recommencer à le monter. Mais dès que je suis en selle, il crispe le dos et relève la tête parce que mon poids lui fait perdre l'équilibre. Donc je me fais toute légère sur son dos. Il commence à fuir, mais ce n'est pas ça le problème ; le problème c'est qu'il n'arrive pas à retrouver l'attitude LFS, même en utilisant la première clé, l'incurvation latérale. Donc je l'arrête, et je lui demande de s'incurver, en commençant par donner l'encolure, puis d'étirer ses muscles dorsaux, et enfin d'engager le postérieur. Il retrouve ainsi son équilibre et sa capacité à me porter, et il se détend enfin.
Jour 10 : le lendemain il est clairement plus à l'aise, il a confiance, il ne court plus. La première clé est vraiment la plus importante car c'est la base de tout le reste. L'incurvation permet au dos de s'étirer, et au cheval de se décontracter physiquement et mentalement ; le soutien du postérieur interne c'est la clé de l'équilibre latéral. Dès qu'un cheval comprend quelque chose, j'arrête immédiatement la leçon et le félicite, pour lui signaler qu'il a bien fait. Puis je le lâche en liberté pour qu'il se détende tout seul. Comme ça le lendemain il se souviendra de la leçon de la veille comme d'une chose positive.