eoleEole, c'est un petit poney tâchu qui paie pas forcément de mine comme ça, une espèce de pottock d'1m50 à tout casser, avec un modèle assez compact, dos très court (ce qui pose d'ailleurs un problème de longueur de selle...) et tronche à recevoir le bon Dieu sans confession. (je le prendrai en photo mieux que ça, je suis même pas sûre que ce soit lui sur la photo à vrai dire)

C'est aussi "le" poney de haute école de l'écurie, mis au passage, piaffer, rassembler, d'une finesse encore inconnue pour moi. Après un an de pré (il a une constitution assez fragile, il a déjà été fourbu), il reprend gentiment le boulot pour me faire découvrir la vraie subtilité équestre. Un poil trop de jambe et on expérimente la levade. On décale la hanche trop brusquement pour demander un déplacement latéral quelconque et on se retrouve à changer de main sans avoir compris quoi/pourquoi/comment.

Je l'ai monté 2 fois, il y a 10 jours puis hier. La première fois, ça a été une séance tranquille, pour lui comme pour moi, pour faire connaissance. Je n'avais rien cherché de plus que de l'avoir aux 3 allures à peu près régulier, en cherchant à étirer sa courte ligne de dessus pour le remettre à l'aise, en avant, gentiment. Hier, c'était ma première leçon de piaffer. Enfin, piaffer est un bien grand mot! Si j'ai réussi à obtenir une diagonalisation correcte sur 2 foulées, c'est bien le bout du monde. MAIS il faut commencer un jour, n'est-ce pas? T a commencé sa détente pour moi, pour le mettre en marche sur cet air. Il me laisse faire ma détente, au pas, au trot, quelques ébauches de déplacement latéraux qui me font comprendre que la finesse c'est pas encore ça! Puis je m'attaque à l'exercice du jour. Les aides : des mains légèrement soutenues (m'enfin avec Eole la main devient vraiment anecdotique - limite comme les jambes ; c'est un cheval qui se monte uniquement avec le corps), un dos fort étiré vers le haut, la ceinture poussée vers l'avant qui limite le mouvement, et des actions de jambe dissociées droite/gauche/droite/gauche (coïncidant avec le poser du postérieur du même côté). Pour me montrer le mouvement, T mime une sorte de "stepper". En fait, me dit-il, "c'est toi qui piaffes et le cheval te suit". Je commets évidemment l'erreur du débutant : vouloir faire faire, et donc en faire trop, sans subtilité aucune. Ce qui a deux effets : soit le cheval s'arrête net l'air de dire "hé ho qu'est-ce tu fous?", soit ça l'énerve et il se retrouve sur ses deux pattes arrières et moi l'air con. Je suis aussi très surprise par l'équilibre que prend le cheval, avec l'avant qui monte et le cul qui passe en dessous, sur ma première tentative je suis complètement passée le nez à la fenêtre! J'essaie une demi-douzaine de fois, pas plus ; parfois je sens ce qui se passe, parfois pas, je suis complètement déroutée (c'est la première fois que je m'essaie à cet exercice). Et puis finalement, je crois que je trouve un truc, un début de cadence peut-être. Et là je ressens vraiment le mouvement comme un métronome, une hanche qui s'abaisse puis l'autre. Brave poney, merci! Je mets pied à terre, ravie. T récupère le cheval pour un exercice en main histoire de confirmer ce début de piaffer, une ébauche de pas espagnol, et retour au paddock.

Bilan du cours : vraiment bien. Et si le piaffer a été la nouveauté du jour, ce qui m'a vraiment fait plaisir, c'est de constater ma progression "psychologique". Eole est en effet un cheval assez susceptible, parce que dressé au bouton, donc si on bidouille trop, si on se tend, bref si on fait un truc de travers, on se retrouve à faire un truc pas commandé volontairement. Or j'ai réussi à vraiment rester calme, pas comme la fois où j'avais monté Kenzo et où je m'étais faite royalement trimballer sans rien pouvoir faire tellement j'étais énervée dans ma tête. Là, au moment où Eole a essayé de me prendre la main, ça a duré 3 foulées, puis j'ai réussi à le réinstaller dans un petit trot cadencé sans forcer. Le travail paie, à la longue! (entre l'équitation et le yoga - je reviendrai sur les bénéfices du yoga par rapport à la pratique équestre plus longuement un de ces jours).

J'ai acheté samedi l'Equitation centrée de Sally Swift, qui vient d'être réédité chez Belin. Hier, j'en avais seulement lu 40 pages, mais les 40 premières pages contiennent les 4 principes qui sous-tendent toute sa méthode :

1. ce qu'elle appelle le "regard doux" par opposition au "regard dur", braqué, concentré très précisément sur quelque chose. C'est ce qu'on retrouve chez Michel Robert sous l'appellation "regard panoramique". On a les yeux bien ouverts, le champ de vision dégagée, on cherche à avoir conscience de tout ce qui se passe alentour au lieu de garder les yeux braqués sur la piste / les oreilles du cheval / ses mains. Puisqu'on est concentré sur rien, on se décontracte assez facilement.

2. la respiration. Ca, c'est clairement essentiel. Respirer de façon très ample, avec le ventre plus qu'avec la poitrine, ça permet de garder son calme. Quand Eole s'agaçait un peu, j'expirais profondément : ça avait pour effet de me faire descendre dans ma selle, de relâcher la tension de mon dos de façon quasiment immédiate... et de calmer Micro-poons. Bon, clairement, sur la maîtrise de la respiration, le yoga c'est radical. Après un an et demi de pratique, que de changements! Avant, sur un parcours de CSO ou une reprise de dressage, j'étais en apnée d'un bout à l'autre. Là, en me frottant à des exercices de plus en plus compliqués, qui demande d'être très à l'écoute de son propre corps, rien que par la respiration j'arrive à faire le vide et à être concentrée sur ce que je fais sans me contracter.

3. "le centre", qui correspond au centre de gravité, au chakra principal en yoga, à ce qu'on veut. C'est sous le nombril, au milieu des 2 os illiaques à peu près. Inutile de démontrer l'intérêt que cette zone du corps présente en équitation "subtile". Si? Bon. Ben c'est de là que partent toutes les actions, le reste n'étant que "jambes sans mains, mains sans jambes". Et pourtant, qui a appris à utiliser correctement ce "centre" en apprenant à monter à cheval? Ha. Voilà.

4. "l'alignement des blocs" : là encore, que de la logique. Pour être parfaitement en équilibre, les talons sous les hanches sous les épaules, il faut que chaque partie du corps repose pleinement sur celle qui la précède.

T, qui n'a jamais lu Sally Swift, m'apprend donc cette méthode depuis un an. Les grands esprits, tout ça... bref. Ca confirme à fond ma démarche, et le fait d'avoir une nouvelle approche sur la même technique, ça m'a beaucoup aidée. Maintenant que j'ai à peu près trouvé mon centre et mon alignement au bout d'un an, dimanche je me suis obligée à ne pas négliger le regard et le souffle (ces deux choses que j'ai toujours tendance à oublier)... et ça aide carrément.

Donc je vais continuer à travailler avec Eole, m'attaquer à la lecture approfondie de l'Equitation centrée et La nouvelle Equitation centrée et bientôt, j'y arriverai!

Ah, et en attendant ... J-25 =)

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