otarieCe matin, grande première : j'ai travaillé en longe.

"peuh, facile! ça nous fait une belle jambe tiens" me direz-vous. Ben euh comment dire... la longe façon Mister T. c'est aut'chose, quoi.

Déjà, si on passe sur ma course d'otarie boiteuse aggravée par le port de Doc Martens dans un sable fraîchement retourné (oui parce qu'on court en longe, au Triskel - et qu'on m'avait pas dit que je longeais ce matin!), faut aussi se rendre à l'évidence. Personne ne m'a jamais appris à longer ; personne n'apprend jamais à longer, de toute façon, le travail à pied étant gravement absent de tout programme FFE.

Alors comme tout le monde, j'ai regardé, j'ai essayé, j'ai bidouillé ; j'ai appris à me placer en utilisant mon cerveau, en lisant des bouquins ; j'ai appris à parler au cheval. Mais c'était la première fois que je prenais un cours de longe, un vrai, avec un travail autrement plus technique que "tourner en rond aux 3 allures". Autant dire que j'ai bien transpiré.

J'ai longé un cheval que je ne connaissais pas encore, Vistoso, un entier bai lusi x arabe ou un truc comme ça. Cruzado, quoi. Joli (quoiqu'il manque un peu de lard sur la couenne), et surtout très très gentil. Chanteur vite fait, mais très aux ordres (grâce à T, évidemment). Le Vistoso, donc, est un ancien cheval de spectacle, acheté par une cavalière de T qu'on appellera L, à son ancien boss, cavalier de spectacle (complétez ma pensée - booooon OK ils sont pas tous mauvais, mais voilà quoi). Ce biquet, donc, était planté aux LR ; enfin, planté... Disons qu'il avait un jour sorti la cabriole comme défense, et que l'autre cavalier, tout "waaaw" l'avait encouragé dans cette défense, parce que ça en jetait grave. Donc, v'la-t-y pas que notre L débarque chez le Maître avec son cabrioleur en veux-tu en voilà ; et quelques mois de travail en douceur plus tard, l'ardoise est effacée, les mauvaises habitudes perdues, et roule ma poule le Visto est tout agneau.

Bref, Vistoso, une otarie boiteuse, des Doc Martens dans du sable meuble. Youpi.

Donc, premier principe de la longe : ON NE TOURNE PAS EN ROND ; d'ailleurs on ne longe pas un cheval, on ne le tourne pas, on le travaille à la longe. Nuance qui pourrait paraître spécieuse mais qui en dit long sur l'état d'esprit du longeur.

En longe, on travaille au pas et au trot sur toute la carrière, et on fait des figures de manège : des cercles et des changements de main (sur le cercle). On se place au niveau de l'épaule / passage de sangle, et on suit le cheval, les antérieurs du cheval. On essaie de se calquer sur leur cadence. Quand on passe les coins, on ralentit pour bien rester à niveau de l'épaule. Quand on fait un cercle, on s'arrête, et le cercle doit être dessiné de telle sorte à reprendre la piste à l'endroit où on l'a quittée : un vrai cercle, quoi. Le changement de main se demande par l'appel du cheval droit en face de soi, on change les aides (longe et chambrière) en reculant puis en se déportant. Pour l'image, on change sur un cercle, et le trajet du cheval sur ce cercle doit dessiner la ligne sinueuse du Yin Yang.

Au pas, tout ça, ça va. Au trot, évidemment, faut suivre l'allure du cheval. Z'avez vu comme ça court, ces bestioles? Z'avez vu comment ça court une otarie boiteuse? Ridicule, hein? Autant dire que j'ai fait des cercles à tous les coins... Il faut partir sur les longueurs en même temps que le cheval, tenir le rythme au niveau de l'épaule, et si possible calquer sa propre cadence sur celle du cheval, parce que sinon c'est lui qui se cale sur l'allure de vos propres papattes... et comme vous êtes doté de gambettes ridiculement courtes, avec une foulée du genou, sans amplitude, ben Biquet fait pareil : il précipite et tricote pour l'hiver. Note : n'oubliez pas de respirer. Et bon sang, mettez des baskets, pas des Doc Martens, ni même des bottines. Soyez Marie-Jo Pérec, Christine Aron, enfin qui vous voulez mais qui court bien. Soyez pas boulet (comme moi), quoi.

Bon. Tout un programme. Et c'est pas fini. On a attaqué le travail de 2 pistes. Haha. Sauf qu'en fait, c'est vous qui devez faire le cercle, en ayant une longe courte (faut tenir pratiquement le cheval en main en fait) et le cheval suit votre main, vous donnez le pli à l'encolure et demandez le déplacement latéral avec la chambrière. Ca, j'ai mis 10 minutes à le comprendre : il faut "monter vers le cheval", se grandir et le repousser vers l'extérieur, en dosant le pli comme avec la main intérieure, qui appelle la tête mais relâche très vite. Mais une fois que vous avez compris comment mettre la pression... relâchez, par pitié. Ou Vistoso le cabrioleur va vous montrer ses talents... Trop de pression, j'ai pas su gérer, et pof le biquet, comme un bouchon de champagne. Pas méchamment, sans velléité de m'impressionner, juste pour me dire "hé t'en fais trop, je comprends plus". Ca calme. On a fini sur une note positive, j'ai du réussir 3 pas corrects.

Pétard!